Partir deux semaines sans votre boîte ?
Hier, j'étais au téléphone avec une dirigeante que je connais professionnellement. On parle boulot, de son activité, de ses projets.
Puis elle me dit qu'elle va enfin prendre de vraies vacances cet été.
Une dizaine de jours en famille.
Ses premières vraies vacances depuis qu'elle a repris son entreprise il y a trois ans.
Enfin… pas exactement. L'an dernier, elle était déjà partie quelques jours. Mais elle avait travaillé presque tous les jours.
Avant de se lancer, elle était salariée. Et elle partait en vacances tous les ans.
J'ai trouvé ça assez dingue.
On crée une activité pour avoir plus de liberté.
Et trois ans plus tard, réussir à prendre dix jours devient presque un événement.
Le plus étrange ?
Je ne pense pas que son histoire soit exceptionnelle.
Vous partez. Mais vous ne partez jamais vraiment.
Vous connaissez peut-être le principe.
Vous prenez quelques jours, mais vous gardez votre téléphone. « Juste au cas où. » Vous jetez un œil aux mails le matin, vous répondez rapidement à un client, vous réglez un problème, vous validez un truc.
Rien de très grave. Vingt minutes par-ci, un appel par-là.
Sauf que votre cerveau, lui, n'est jamais vraiment parti.
Et j'ai une question.
Que se passerait-il si vous disparaissiez réellement pendant deux semaines ?
Pas de téléphone.
Pas de mails.
Pas de WhatsApp.
Rien.
Est-ce que votre boîte continuerait à avancer ?
Ou est-ce qu'elle commencerait progressivement à vous attendre ?
« On verra avec lui quand il revient. »
« Je préfère qu'elle valide. »
« Pour ce client, il faut le patron. »
« Je n'étais pas sûr, donc je n'ai rien fait. »
C'est ça, le test des deux semaines.
Pas une norme. Pas une science exacte.
Une simple question pour voir où votre entreprise dépend encore de vous.
Et le problème, c'est peut-être vous
Je le dis sans jugement.
Quand vous avez créé votre boîte, vous faisiez tout. Vous vendiez, vous gériez les clients, vous preniez les décisions, vous connaissiez chaque dossier.
Puis vous avez recruté.
Mais vous étiez encore meilleur sur beaucoup de sujets. Alors vous avez continué à aider.
« Envoyez-moi ça, je regarde. »
« Je vais appeler le client. »
« Mettez-moi en copie. »
« Attendez, je vais le faire, ça ira plus vite. »
Et ça allait effectivement plus vite.
Le problème, c'est que vous avez peut-être fait ça pendant cinq, dix ou quinze ans.
Vous êtes devenu très bon pour résoudre les problèmes de votre boîte.
Tellement bon que votre boîte a appris à vous les envoyer.
Tous.
Regardez ce qui remonte jusqu'à vous
Pendant deux semaines, faites un truc très simple.
Notez chaque fois qu'on vient vous chercher.
Une validation. Une question. Un client compliqué. Une urgence. Une remise commerciale. Un problème RH. Une décision que personne n'ose prendre.
Puis posez-vous cette question :
Pourquoi est-ce arrivé jusqu'à moi ?
Pas : « qui a merdé ? »
Pourquoi le système a-t-il eu besoin de vous ?
Si la même question revient trois fois, vous n'avez peut-être plus une question.
Vous avez un problème d'organisation. Un cadre qui manque. Une décision qui n'a jamais été déléguée. Une information qui existe uniquement dans votre tête.
Vous n'avez pas forcément besoin d'un process de 42 pages.
Parfois, trois phrases suffisent.
« Jusqu'à ce montant, tu décides. »
« Voici les trois cas où tu dois m'appeler. »
« Dans cette situation, voilà notre règle. »
Le but n'est pas de tout industrialiser.
Le but est d'arrêter de résoudre dix fois le même problème.
Le problème n'est pas d'être présent
Je n'ai rien contre les dirigeants qui travaillent beaucoup.
Et je ne rêve pas spécialement d'une entreprise pilotée quatre heures par semaine depuis une plage à Bali.
Vous aimez vendre ? Vendez.
Vous adorez vos clients ? Voyez-les.
Vous voulez rester au cœur de votre boîte ? Restez.
Le problème n'est pas d'être présent.
Le problème, c'est de ne plus avoir le choix.
Vous voulez faire la grosse vente ? Faites-la.
Vous devez faire toutes les grosses ventes ? Ce n'est plus pareil.
Vous voulez regarder vos mails pendant vos vacances ? Très bien.
Mais si vous savez que dix jours sans répondre peuvent mettre votre entreprise en difficulté, ce n'est peut-être plus vraiment un choix.
C'est une dépendance.
Alors, vous pouvez partir combien de temps ?
Deux heures ?
Deux jours ?
Deux semaines ?
Deux mois ?
Je ne pense pas qu'il existe de bonne réponse universelle.
Mais j'aime cette question, parce qu'elle oblige à regarder sa boîte différemment.
Pas seulement comme une source de chiffre d'affaires.
Comme un système que vous êtes en train de construire.
Alors, imaginez.
Demain matin, votre téléphone tombe au fond de l'océan. Vous êtes injoignable pendant quatorze jours.
Qu'est-ce qui casse en premier ?
Commencez par là.
Vous venez peut-être de trouver le premier endroit où votre boîte dépend encore trop de vous.
Chaque semaine, je creuse ce sujet ici : comment structurer, valoriser et transmettre une entreprise sans épuiser son patron. Si cet article vous a remué, [inscrivez-vous à la newsletter ;) ] — et si vous voulez me raconter ce qui casserait en premier chez vous, répondez simplement au premier mail que vous recevrez. Je lis tout.